louis bourdon photographies - Baie d'Audierne

Louis Bourdon photographies

La Normandie et les plages du débarquement

De la guerre à la paix, le Mémorial cherche son chemin...

Sur l’esplanade, le revolver au canon noué du sculpteur suédois Carl Fredrik Reuterswärd se dresse comme un pied de nez en avant de la façade nue du Mémorial de Caen, tout juste brisée par la faille d’accès comme le Mur de l’Atlantique le fut par le débarquement allié sur les plages voisines. L’oeuvre se veut manifeste pour la non-violence et la paix. C’est pourtant par le bruit des claquements de portes et la fureur de mots assassins que l’institution a fait ces dernières semaines la une de l’actualité basse-normande. Après un départ discret du conservateur toujours non remplacé, la fin du printemps a été coup sur coup marquée par le licenciement du directeur scientifique Claude Quétel et la démission du directeur Jacques Belin qui était en poste depuis l’origine, en 1988. Il n’y a plus au gouvernail que Brigitte Le Brethon, présidente du conseil d’administration et directrice générale. Cette dernière fonction exécutive ne laisse pas de surprendre quand on sait que la dame est en outre députée UMP et maire de Caen, ville qui dispose de la majorité absolue au sein de la société d’économie mixte gérant le Mémorial par délégation de service public. Passons sur l’écume des propos peu amènes lus ou directement entendus des uns sur les autres. Une crise de cette nature dépasse le conflit des personnes.
Le demi-million de visiteurs annuels Moteur du tourisme local, voire régional, le Mémorial est aujourd’hui l’une des principales institutions muséographiques régionales. Il frise le demi-million de visiteurs annuels, près d’un tiers de scolaires venant très au-delà de la Normandie, un large deuxième tiers d’étrangers souvent en circuits organisés. Au-delà des salles d’exposition (8 000 m²) et des nombreuses activités pédagogiques qui y sont liées, l’institution gère plusieurs sites des plages du Débarquement, développe une intense activité éditoriale, recèle une médiathèque et un centre d’archives, accueille maints colloques scientifiques, tient un café philosophique hebdomadaire et un atelier de l’histoire mensuel… L’activité qui mobilise 125 salariés permanents est intense, le succès et la célébrité au rendez-vous. Et pourtant on ne peut que s’interroger. La première partie des lieux, fort beaux, est consacrée avec beaucoup de force à la Seconde Guerre mondiale, de ses origines dans l’issue du conflit de 14-18 aux capitulations allemande et japonaise de 1945. Le parcours et sa scénographie allient rigueur historique et sensibilité, textes sobres et images et objets abondants. Pourtant, avec la dernière partie, « guerre mondiale, guerre totale », la démarche s’étiole, relevant plus du collage de « flash » que d’une mise en perspective. De même la galerie des villes détruites laisse une sensation d’inachevé.
Au-delà, l’ambition et le cheminement se perdent quelque peu. La guerre froide : un décor de poulies et d’engrenages suggère une inéluctable mécanique faisant contresens avec l’idée même d’éducation à la paix ; sur le fond, on demeure dans une juxtaposition plate et très parcellaire qui n’apporte guère de lumière au sujet. Quant au final, les totems de la paix, le texte est aussi omniprésent qu’unilatéral : mettre en exergue « le message de paix » des grandes religions sans s’interroger sur le fait que les mêmes ont toujours servi d’étendards à la guerre relève de la gageure. Jacques Belin affirmait il n’y a pas si longtemps qu’« on peut vendre un produit culturel comme n’importe quel produit ».